"Histoire des Croates" de Ivan MestrovicChronologie historique
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VIIe s. Établissement des Croates et premiers royaumes
1102 Unis à la couronne hongroise
1527 Habsbourg, Vénitiens et Ottomans
1809 Napoléon et le réveil national croate
1918 La première expérience yougoslave
1941 La Seconde Guerre mondiale
1945 La Croatie dans la fédération yougoslave communiste
1986 La croisade grand-serbe de Milosevic
1991 La guerre et l’indépendance de la Croatie
1995 La victoire militaire croate et le retour de la paix
2000 « L’après-Tudjman »

 

Établissement des Croates et premiers royaumes

Du néolithique à la Haute Antiquité

Au néolithique, trois civilisations sont présentes sur le territoire bordé par la Drave, le Danube, la Drina et l'Adriatique : celle de Vucedol (Slavonie actuelle), celle de Butmir (Bosnie actuelle) et celle de Hvar (Dalmatie).

Illyres, Celtes, Grecs et Romains. Après l'installation des Illyres (XIIe s. av. JC) le territoire connaîtra celle des Celtes (Ve siècle). Parallèlement, les Grecs colonisent la côte adriatique et y fondent les premières cités : Corcyra Negra (Korcula), Epidaure (Cavtat), Issa (Vis), Pharos (Hvar), Tragurion (Trogir)... Après deux siècles de résistance farouche des tribus illyriennes (victoire des Delmates sur César en 50), les Romains pacifient l'Illyrie en 27 ap. JC.

395

Partage de l’Empire Romain par l'empereur Théodose.

Ve-VIe s. Invasions barbares (Ostrogoths, Avars)

VIIe-VIIIe s.

Installation sur les rives de l'Adriatique. Quittant l'éphémère "Croatie blanche" établie autour de l'actuelle Cracovie, dans le sud de la Pologne, les Croates se déplacent vers le sud, à la faveur des grandes migrations slaves. Ils s’installent sur les terres de l’ancien Illyricum romain (Illyrie) à l’ouest de la ligne de Théodose, dans les contrées croates et bosniaques actuelles, entre Drave et Adriatique, d'où ils repoussent les Avars (799) et où ils s'imposent aux Illyriens et autres populations autochtones romanisées. Intégrés dans la sphère culturelle romaine, ils sont les premiers slaves à se convertir au christianisme.

IXe s.

Duchés croates. Sur les marches sud-est de l'empire carolingien, ils fondent trois banats (duchés) : la Croatie blanche, la Croatie rouge et la Croatie pannonienne, à la tête desquels se trouvent des bans, notamment Vojnomir, Ljudevit, Borna, Trpimir [845-864] (Dux Croatorum), Domagoj (864-876) et Branimir [879-892], reconnu prince de Croatie en 879 par le Pape Jean VIII.

Xe-XIe s.

Premier royaume. Réunifiant ces territoires, Tomislav se proclame roi et fonde en 925 un puissant royaume, qui atteindra son apogée au siècle suivant, sous Pierre Kresimir IV [1058-1074]. La mort de son successeur, Zvonimir [1075-1089], couronné "roi de Croatie et de Dalmatie" par un légat du pape, annonce le déclin de la dynastie nationale croate des Trpimirovici. A cette même époque, Rome accorde aux Croates le privilège unique d’employer dans la liturgie, aux côtés du latin, leur langue, qui s'écrit alors en caractères glagolitiques.

1054

Schisme chrétien. Le schisme d'Orient brise l'unité de la communion entre l'Eglise de Rome, à laquelle la Croatie demeure attachée, et l'Eglise byzantine, dépendant de Constantinople. Désormais la frontière entre chrétiens catholiques et orthodoxes passe entre la Croatie, à l'ouest, et la Bulgarie et les duchés serbes, à l'est.

1094

Fondation de l'évêché de Zagreb, actuelle capitale croate.

Unis à la couronne hongroise

1102

Union personnelle avec la Hongrie. Soumis partiellement par la Hongrie, les nobles croates obtiennent de celle-ci la signature d’un traité (Pacta Conventa) qui associe le royaume de Croatie à la couronne de saint Etienne par une « union personnelle ». En vertu de cet accord, le royaume croate sera gouverné par un ban (vice-roi), tout en conservant son Sabor (diète) et son armée. Malgré des relations parfois tendues entre les deux royaumes, leur union ne prendra fin qu'en 1918.

1137

Emancipation de la Bosnie. Les seigneurs de Bosnie (Rama) s’associent à leur tour au royaume de Hongrie-Croatie dont le souverain porte désormais aussi le titre de « Rex Ramae ».

1202

Rivalité vénitienne. Détournant à leur profit la IVe croisade, les Vénitiens, qui la convoitent depuis longtemps, s’emparent de Zadar, la plus importante ville côtière de Dalmatie supérieure. En 1205, la ville libre de Dubrovnik, plus au sud, reconnaît la suzeraineté de Venise.

1222

André II est contraint d'adopter la fameuse « Bulle d’or » réduisant son absolutisme en autorisant la noblesse croate et hongroise à se soulever contre lui s'il enfreint la loi. Elle servira de charte de couronnement des souverains hungaro-croate jusqu'au XVIIe siècle.

1242

Après avoir dévasté la Hongrie, les Tatars sont repoussés à Grobnik, non loin de Rijeka. Bela IV, roi de Hongrie et de Croatie, accorde à Zagreb le statut de « ville royale libre ».

1301

Les Anjou sur le trône hungaro-croate. Alors que la dynastie hongroise des Arpad est en pleine décadence, les influents princes croates de Bribir, détenteurs du titre héréditaire de ban de Croatie et de Dalmatie, parviennent à imposer leurs vues en faisant accéder Charles Robert d’Anjou au trône de Hongrie-Croatie. Les Anjou favorisent en Croatie l'essor des villes, y introduisent la chevalerie, codifient l'héraldique, renforcent le rôle de la petite noblesse et réunifient toute la Dalmatie aux terres croates.

1358

Scellant la défaite des Vénitiens face au roi de Hongrie-Croatie, Louis d'Anjou, la paix de Zadar marque la réunification de la Dalmatie à la couronne croate au sein du royaume commun. La République de Raguse (Dubrovnik) reconnaît la suzeraineté hungaro-croate.

1377

La province de Bosnie s’émancipe définitivement de la tutelle hungaro-croate et devient un royaume indépendant sous la dynastie des Kotromanic, lequel s'étend même pendant quelques décennies sur la Dalmatie.

1397

« Sabor sanglant de Krizevci » : Après que le roi Sigismond eut été donné pour mort à la bataille de Nicopolis face aux Turcs, plusieurs seigneurs croates qui lui étaient hostiles saisirent l'occasion pour faire monter, en hâte, Ladislas de Naples sur le trône de Hongrie-Croatie. Après son retour inopiné, Sigismond punit leur « trahison » d'une manière particulièrement sanglante.

1409

La Dalmatie cédée à Venise. Affaibli par des luttes dynastiques, Ladislas le Magnanime de Hongrie cède Zadar et toute la Dalmatie croate à la République de Venise pour 100 000 sequins. Dès lors le centre de gravité de la Croatie, jusqu'alors en Dalmatie, se déplace vers le nord, à Zagreb. A partir de 1420, la Cité des Doges assoira durablement sa tutelle sur cette contrée croate : la "Sérénissime" ne s'en retirera qu'en 1797, lorsque Napoléon mettra un terme au rayonnement du Lion de St-Marc.

1463

Invasion de la Bosnie et de l'Herzégovine par les Turcs. Les Ottomans s’emparent de la Bosnie voisine, presque sans livrer bataille, puis, en 1482, c’est au tour de l’Herzégovine de succomber. Débute alors dans les terres conquises l'islamisation progressive de la population locale, jusqu'alors constituée en grande majorité de catholiques ou de krstjani, ces adeptes d'un culte manichéiste schismatique (l'Eglise de Bosnie), proche de l'hérésie cathare. Les armées turques se retrouvent dès lors aux frontières orientales de la Croatie, plaçant celle-ci aux avant-postes de l'Europe chrétienne.

1483

La haute Renaissance en Dalmatie. Moins de trente ans après la Bible de Gutenberg, le premier missel en caractères glagolitiques croates est imprimé à Senj, au sud de Rijeka. Face à la pression ottomane, les élites humanistes de la côte adriatique soulignent leur attachement à la sphère culturelle occidentale en développant des échanges artistiques avec les grands foyers de création voisins. C'est ainsi qu'elles sont les premières à importer le style Renaissance hors d'Italie, notamment à Dubrovnik et en Dalmatie, dès la seconde moitié du XVe siècle.

1493

Bataille de Krbava. Après la Bosnie et l’Herzégovine voisines, les Turcs attaquent et peu à peu conquièrent de vastes territoires croates (Slavonie, Lika, arrière-pays dalmate). La bataille de Krbava (Corbavie), véritable « Azincourt croate » où périt la fleur de la noblesse croate, marque le début de l’amputation par les Ottomans de près de la moitié de la Croatie, suivie de l’islamisation de la population locale (tout particulièrement dans la région alors dite de la « Croatie turque », c'est-à-dire le territoire situé entre les rivières Una et Vrbas - entre Banja Luka et Bihac, dans la Bosnie actuelle).

1510

Le pape Léon X attribue le titre de rempart de la chrétienté (antemurale christianitatis) au royaume de Croatie.

1526

Bataille de Mohàcs. La victoire des Turcs à Mohàcs leur permet de s'emparer de la majeure partie de la Hongrie, de sa capitale, Buda, et de toute la Slavonie croate.

Habsbourg, Vénitiens et Ottomans

1527

L'empereur d'Autriche suzerain croate. Cherchant au lendemain de la défaite de Mohàcs, qui décapita la dynastie magyare, à se mettre sous l'aile d'un suzerain de taille à résister aux Ottomans, le Sabor (diète croate), réuni à Cetin, désigne Ferdinand de Habsbourg pour roi de Croatie, mais ne révoque pas les Pacta Conventa qui l'unissent à la Hongrie. Débute alors l’ère habsbourgeoise des pays de la Croatie continentale, tandis que la Dalmatie demeure vénitienne. Pendant ce temps, les armées turques poursuivent leur progression vers le nord-ouest et prennent, en 1537, la forteresse de Klis, porte continentale juchée sur les hauteurs de Split.

1541

Après Buda, prise en 1526, Pest tombe à son tour aux mains des Turcs. La capitale hongroise ne sera libérée qu'en 1686. Zagreb, quant à elle, restera menacée pendant trois siècles, mais ne sera jamais prise.

1559

Confins militaires croates. Les Confins militaires de Croatie, organisés en plusieurs capitaineries, sont placés sous l'autorité directe du monarque autrichien.

1566

Résistance aux Ottomans. L’héroïque défense de la place forte de Siget (Szeged) par Nikola Subic Zrinski, assiégée par les Turcs, retentit d'ans toute l'Europe chrétienne. Avec seulement 1200 hommes Zrinski parvient à détourner de Vienne une armada ottomane forte de 300 000 hommes, commandée par Soliman le Magnifique, qui trouva la mort pendant le siège. Deux jours plus tard, Zrinski périt à son tour lors d'une sortie désespérée, sabre au clair, menée après 35 jours de siège à la tête des 217 survivants.

1573

Les jacqueries paysannes du nord de la Croatie sont étouffées dans le sang et le meneur de la révolte, Matija Gubec, est brûlé vif.

1593

Victoire de Sisak. Victoire à Sisak contre les Turcs. À cette époque la Croatie est réduite aux « Reliquiæ reliquiarum » (les restes des restes du jadis glorieux royaume croate), c’est-à-dire au tiers de sa superficie actuelle, à l’ouest d’une ligne Karlobag-Karlovac-Virovitica.

1615

Guerre des Uskoks. Guerre austro-vénitienne dite « guerre des Uskoks », du nom des guerriers croates protégés par Vienne qui, fuyant les avancées des armées turques, ont trouvé refuge dans la région de Senj en 1537. Les raids de représailles qu’ils lançaient, d’abord contre les Ottomans puis, sept décennies durant, contre la flotte commerçante vénitienne, furent la principale cause du conflit. Après la « paix des Uskoks », conclue en 1617, les Habsbourg les dispersèrent à l’intérieur des terres.

1618-1648

Guerre de Trente Ans. Lors de la guerre de Trente Ans, des régiments de cavaliers croates servent dans l’armée royale de Louis XIII et de Louis XIV. Ils participèrent notamment aux victoires de Rocroi (1643) et de Nördlingen (1645), sous le commandement du duc d'Enghien. Ils seront par la même occasion à l’origine de l’engouement de la Cour de Versailles pour la cravate, cet accessoire original de leur uniforme, qui connaîtra par la suite un succès inespéré, en s'imposant à la mode masculine occidentale.

1630

Statuta Valachorum. Vienne codifie les droits et devoirs (Statuta Valachorum) des habitants, Valaques orthodoxes pour la plupart, des Confins militaires (ou Croatie militaire). Etablie à partir de 1559 sur le territoire croate le long de la ligne de front avec l'armée turque, cette étroite bande de territoire à vocation défensive, est placée sous l’autorité directe de l’Empereur d’Autriche. Aux côté des Croates dont le nombre s'amenuise, des populations nomades balkaniques y sont peu à peu installées. Au fil des siècles, celles-ci seront pour une large part serbisées sous l’action énergique de l’Église orthodoxe serbe. Les Confins Militaires ne seront abolis qu’en 1881.

1647

Nikola Zrinski. La Croatie civile et la Croatie militaire (Confins militaires) sont placées sous l'autorité de Nikola Zrinski, à la fois ban de Croatie et colonel-général de la frontière. Les victoires de champion de la lutte contre les Turcs lui valent une réputation européenne ("le fléau de l'empire ottoman"), notamment en France où ses exploits sont connus de Louis XIV.

1664-1669

Conspiration avec la France. Correspondance secrète entre le ban de Croatie (Nikola Zrinski puis son frère Petar [Pierre] Zrinski) et les diplomates français en poste à Venise et à Vienne. Projet d'insurrection anti-Habsbourg en Croatie et en Hongrie. Demandes d'un soutien militaire français.

1671

Exécution de Zrinski et Frankopan. Exécution près de Vienne des deux magnats croates, le comte Petar Zrinski et le marquis Fran Krsto Frankopan, instigateurs infortunés d’une insurrection avortée visant à soustraire les terres croates à l’absolutisme impérial. La restriction de la juridiction du Sabor, limitée désormais à la Croatie civile (ce qui exclut les Confins militaires), est à l’origine de cette conspiration anti-autrichienne. La noblesse croate y verra, après la paix désastreuse de Vasvár (1664) conclue avec les Turcs, un nouvel abus de l'allégeance librement consentie en 1527 par les Croates à la Maison d'Autriche.

1699

Reflux des Ottomans. Après l’échec du siège de Vienne en 1683, les grandes victoires des armées impériales sur les Turcs permettent à la Croatie de recouvrer ses terres orientales (Slavonie) jusqu’à Zemun (Sirmie), au confluent de la Save dans le Danube (traité de Karlowitz, 1699). De cette époque date la majeure partie du tracé frontalier actuel entre la Croatie et la Bosnie-Herzégovine. Il a été confirmé en 1739 (traité de Belgrade).

1706

Le baron Joseph Vojnovic, agent du prince hongrois Rakoczy, tente en vain de soulever la Croatie contre les Habsbourg et sollicite un appui militaire français.

1712

Pragmatique sanction. Réaffirmant son autonomie à l'égard de la Hongrie, le Sabor adopte la Pragmatique sanction autorisant, en l'absence d’héritier masculin, la descendance féminine de la maison royale des Habsbourg à accéder au trône croate.

1718

Paix de Passarowitz (1718). Cherchant à ménager la puissance turque et à l'interposer entre les territoires vénitiens et les leurs, les patriciens ragusains cèdent à l’Empire ottoman les territoires d'Herceg Novi et de Neum (ce dernier constitue encore aujourd’hui l’accès de la Bosnie-Herzégovine à la mer : vestige historique, il interrompt aujourd'hui sur 5 km la route côtière entre Split et Dubrovnik).

1797

Venise restitue la Dalmatie. Après la disparition de la Sérénissime République, le traité de Campoformio octroie la Dalmatie et l’Istrie, vénitiennes depuis 1409, à l’empire d’Autriche, ouvrant la voie à une réunification du royaume Triunitaire de Croatie-Slavonie-Dalmatie.

Napoléon et le réveil national croate

1806

Dans l'empire français. Néanmoins, au cours de la première période de l'administration française (1806-1809), la Dalmatie fut annexée au Royaume d'Italie. Afin de calmer le mécontentement de la population croate, le commandant militaire de la province nommé par Napoléon, le général Auguste Marmont, prendra toute une série de mesures en faveur du développement économique et social de la Dalmatie. Ainsi ouvre-t-il de nombreuses écoles, relie les villes entre elles par la construction d'un réseau routier terrestre et côtier, modernise de l'agriculture, l'élevage et la pêche, introduit la garde forestière, fonde des ateliers industriels, crée un service des postes régulier, rénove le théâtre de Dubrovnik, finance la publication de la grammaire croate d'Appendini, publie le premier journal officiel bilingue (Kraglski Dalmatin) et rassemble les intellectuels. En contrepartie, il prend des mesure moins populaires en instaurant impôts, taxes et réquisition pour les besoins de l'Armée de Dalmatie (16 000 hommes en 1809 pour une population de 255 750 habitants).

1809

Les Provinces Illyriennes. Après la victoire de Wagram et le traité de Schönbrunn (14 octobre), l'Autriche doit céder à la France les territoires au sud de la Save, soit la moitié méridionale de la Croatie, qui sont intégrés dans les « Provinces Illyriennes » de Napoléon [1809-1813]. Leur établissement marque aussi la fin de la République de Raguse (Dubrovnik), dont le gouvernement est dissous le 31 janvier 1808. Imprégnés des idéaux de la Révolution, les Français introduisent en Croatie le Code Civil et l'égalité devant la justice, instaurent les principes du Concordat et le mariage civil, abolissent les privilèges, les corporations et la dîme, dénationalisent les terres au profit de la paysannerie, construisent les routes Knin-Dubrovnik, Sibenik-Split, Karlovac-Rijeka, et fondent une Ecole supérieure (Zadar) et de nombreux lycées, écoles secondaires (gymnases) et écoles primaires. Ils introduisent l'enseignement en croate à l'école et encouragent la standardisation de la langue croate, que le maréchal Marmont, gouverneur des Provinces Illyriennes, souhaitait voir devenir langue officielle. Le premier dictionnaire français-croate est publié en 1812.

Dans le même temps, plusieurs régiments croates se distinguent par leurs faits d’armes en participant aux campagnes militaires de la Grande armée. En 1812, les régiments du général Sljivaric défendent ainsi la retraite lors du passage de la Berezina.

Dans le nord de la Croatie, restée en dehors de l'empire français, la politique de magyarisation, tendant notamment à imposer le hongrois comme langue officielle, se heurte à l'hostilité du Sabor.

1815

Division de la Croatie. La fin de l'ère napoléonienne, dont l'empire est dépecé au Congrès de Vienne, n'aboutit pas à la réunification tant espérée des terres croates : la Dalmatie, l'Istrie et les autres territoires « illyriens » retournent à l'empire austro-hongrois. Néanmoins, le Royaume de Croatie, dont l'existence est virtuellement reconnue, est de facto scindé en deux, puisque la Dalmatie et la Croatie militaire sont rattachées à la maison d'Autriche, la Croatie-Slavonie à la Hongrie. S'engage alors un siècle de lutte politique pour la réunification du territoire national.

1830

Le Renouveau croate. A la politique de magyarisation répond le mouvement du renouveau culturel et politique croate [1830-1848], sous l'impulsion de Ljudevit Gaj, père de l'orthographe croate moderne et de l' "Illyrisme". Prônant une union des Slaves du Sud (que l'on tenait alors pour les héritiers des Illyriens de l'Antiquité), ce mouvement culturel trouvait son inspiration à la fois dans le romantisme allemand qui exaltait le principe des nationalités et de l'unité linguistique, dans les idées révolutionnaires françaises ainsi que dans le panslavisme.

1832

Langue croate. Le comte Janko Draskovic réclame dans sa Dissertation la réunification de tous les territoires croates, la constitution d’un gouvernement autonome et l’adoption de la langue croate comme langue officielle. Ce premier programme politique, rédigé dans le dialecte stokavien de la langue croate, servira par la suite de base lors de la standardisation de la langue littéraire croate.

1835

Hymne croate. Le poème Horvatska domovina (La Patrie croate) de Antun Mihanovic, dont les vers deviendront en 1891 ceux de l'hymne croate, est publié par Lj. Gaj dans le premier journal en croate, Novine Horvatske.

Ferdinand IV succède à François Ier de Habsbourg à la tête de la Maison d'Autriche.

1839 Création de Matica ilirska, la plus ancienne société culturelle croate, qui deviendra en 1874 Matica hrvatska.
1841 Création du parti hungaro-croate, rassemblant les partisans du centralisme hongrois, dits "magyarins".
1842 Le parti des Illyriens remporte les élections régionales dans le nord de la Croatie, mais l'empereur interdit le parti (et jusqu'en 1845 toute référence à l' "illyrisme"), lequel est rebaptisé Parti populaire.
1844 Projet expansionniste. Ilija Garasanin, ministre de l'Intérieur de la principauté de Serbie, rédige un programme confidentiel (Nacertanije) d'action politique et d'expansion territorial ayant pour objectif l'établissement d'une Grande Serbie. Compte tenu de l'influence qu'il exercera sur les orientations politiques de Belgrade, ce plan aura longtemps des répercussions majeures sur l'ensemble de la région.
1845 La répression brutale d'une manifestation anti-magyarins menée par l'armée contre des sympathisants du parti populaire fait 16 morts : les "victimes de Juillet".
1847 Le latin supplanté. Le croate devient la langue officielle au Sabor, après des siècles d’usage du latin, choisi notamment pour mieux résister aux tentatives d'y instaurer l'usage du hongrois ou de l'allemand.

Du printemps des peuples à la Grande Guerre

1848

Le printemps des peuples. Le principe des nationalités et les idées libérales issues de la Révolution française gagnent l'Europe centrale, où comme à Paris, des révolutions éclatent, de Berlin à Naples, de Prague à Pest : c'est le "printemps des peuples", fatal à l'autoritaire chancelier Metternich à Vienne.

Le Sabor modernisé. A Zagreb, une Assemblée populaire réclame la réunification et l'autonomie des terres croates, et l'enseignement en croate. A peine nommé ban de Croatie par l'empereur, Josip Jelacic transforme en assemblée moderne le Sabor, qui était jusqu'alors réservé aux nobles, et abolit la corvée et le servage. Il fonde un gouvernement autonome, récuse la tutelle hongroise sur la Croatie et rallie la cause de l'austroslavisme, prônant la transformation de la Double Monarchie en fédération de peuples égaux en droits. Le gouvernement hongrois, à Pest, s'y oppose.

Le ban Jelacic et la révolution hongroise. Les tensions hungaro-croates étant à leur comble, Jelacic pénètre en Hongrie, à la tête de 40 000 hommes. Mais tandis que Vienne est en proie à une insurrection, l'empereur le nomme commandant militaire suprême de Hongrie : ainsi, du porte-drapeau du combat politique croate, il devient subitement le bras prolongé de l'empereur, rétablissant le calme à Vienne et mettant en déroute l'armée hongroise. Cependant, malgré la loyauté de Jelacic, l'empereur n'accédera pas aux revendications politiques croates.

1851

Absolutisme impérial. Afin de modérer les aspirations révolutionnaires encore vivaces, l’empereur François-Joseph Ier (1848-1916) de Habsbourg suspend l’ordre constitutionnel et instaure une administration absolutiste qu’il confie au chancelier Bach. Celui-ci met en place une représentation impériale qui se substitue en Croatie à l’autorité du ban, supprime les privilèges de la noblesse et abolit les provinces historiques. Le tricolore croate est interdit, la censure rétablie, l'allemand imposé dans l'administration et l'enseignement secondaire.

En 1860, les défaites autrichiennes face aux troupes franco-piémontaises ont finalement raison de « l’absolutisme de Bach » et conduisent l’empereur à revenir à l’ordre ancien et à restaurer la Constitution. Le ban Josip Sokcevic rétablit le croate comme langue officielle. S'ouvrent alors deux décennies de libéralisme politique.

1861

Le Sabor confirme la décision de 1848 abrogeant les liens unissant la Croatie à la Hongrie, excepté ceux subsistant par la personne du roi, et proclame la souveraineté du royaume de Croatie. Il est dissous par Vienne, qui entérine néanmoins la scission hungaro-croate.

Création du Parti du droit d’Ante Starcevic qui prône la réunification de tous les « pays croates », Bosnie comprise, et la création d'un Etat indépendant.

1863

Création en Croatie du Parti populaire indépendant d'Ivan Mazuranic, partisan d'un rapprochement avec Vienne et d'une réorganisation fédérale de la Monarchie, où la Croatie jouirait d'une autonomie similaire à celle de la Hongrie.

1866

Strossmayer, le visionnaire. L’évêque croate de Djakovo, Josip J. Strossmayer, élabore le premier programme d’unification des Slaves du Sud de la Monarchie sous l’appellation, alors inédite, de « yougo-slave » (sud-slave) et fonde à Zagreb l’Académie croate qu’il baptise Académie yougoslave des sciences et des arts.

1867

Naissance de l'Autriche-Hongrie. L'accord austro-hongrois rééquilibre le rôle de la Hongrie (Transleithanie) au sein de l’empire d’Autriche (Cisleithanie) en donnant naissance à la Double Monarchie d’Autriche-Hongrie. Ainsi l'empereur cherche-t-il à consolider son pouvoir, affaibli par plusieurs revers militaires. L'instauration du dualisme met un coup d'arrêt aux projets fédéralistes ou "trialistes", ces derniers prônant l'instauration d'une troisième entité pour les Slaves du Sud. La Croatie est abandonnée à la Hongrie, mais pas la Dalmatie, façade méditerranéenne de l'empire, qui demeure autrichienne, Vienne redoutant de voir se renforcer la partie hongroise de la Monarchie...

1868

Compromis hungaro-croate. Dès l’année suivante, craignant pour son autonomie, la Croatie parvient à son tour à conclure un accord séparé avec la Hongrie (Nagodba) par lequel est réaffirmé son statut particulier vis-à-vis de Budapest, dans le cadre du royaume de Hongrie-Croatie. Néanmoins, la Croatie voit son autonomie financière réduite ce qui suscite une forte contestation.

1871

Échec de l’insurrection de Rakovica, non loin de Plitvice, menée par le patriote Eugen Kvaternik dans l’intention de provoquer un soulèvement populaire dans les Confins militaires, avec l'espoir d'instaurer une Croatie indépendante. Celui-ci est tué au cours de la répression par les troupes impériales.

1873 Ivan Mazuranic devient le premier roturier à accéder à la dignité de ban de Croatie. Homme de lettres, il s'attelle à moderniser la Croatie, notamment en instaurant l'école laïque obligatoire et en fondant, en 1874, l'Université croate moderne. Zagreb compte alors 40 000 habitants, tandis qu'est inaugurée la voie ferrée Vienne-Budapest-Zagreb-Rijeka, débouchant sur l'Adriatique.

1878

Congrès de Berlin. Le Congrès de Berlin entérine le retrait turc des Balkans ainsi que la défaite russe. Trois nouveaux royaumes indépendants voient le jour : la Roumanie, la Serbie et le Monténégro. La Bosnie-Herzégovine est, quant à elle, occupée par l’Autriche-Hongrie après l'insurrection croate en Herzégovine.

1881

Conséquence du reflux ottoman, les Confins militaires sont abolis. Après deux siècles et demi d'administration séparée, Croatie militaire et Croatie civile sont de nouveau réunifiées.

1883

Magyarisation. La nomination du Hongrois Khuen Hedervary pour ban de Croatie (1883-1903) marque la fin de deux décennies de "libéralisme doré" et le début d'une implacable politique de magyarisation. A celle-ci s'ajoute une politique d'antagonisation délibérée des Croates et des Serbes de Croatie, qui constituent alors près d'un quart de la population. En quelques décennies, 500 000 Croates sont poussés à l'exil, notamment vers le Nouveau monde.

1894

Création du parti socialiste croate.

1895

Violentes manifestations anti-hongroises à Zagreb en réaction à la répression de Herdervary.

1903

Trumbic et Supilo. Tandis que la crise du dualisme secoue l’Autriche-Hongrie, les hommes politiques croates Ante Trumbic et Frano Supilo lancent la politique du « Nouveau cap ». : au lieu de continuer à s'appuyer sur l’Autriche face à la Hongrie, l’opposition croate engage des consultations avec l’opposition magyare et les partis serbes en Croatie.

1904

Le parti paysan des frères Radic. Les frères Radic créent le Parti populaire paysan croate. Il sera plus tard, en 1918, rebaptisé Parti paysan républicain croate, avant de simplement devenir, en 1925, le Parti paysan croate (HSS). A l'époque, 80 % de la population vit dans les campagnes.

1905

La coalition croato-serbe (HSK) réunissant plusieurs partis politiques croates et serbes de Croatie milite pour l’union et l’autonomie de tous les Slaves du Sud de la Monarchie (Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine et Voïvodine). Elle remportera les élections de 1906.

1908

Annexion de la Bosnie. L’Auriche-Hongrie annexe la Bosnie-Herzégovine, ce qui contrarie les visées expansionnistes du royaume de Serbie à l'égard de cette province. Néanmoins, cela a pour effet de réunir tous les Croates au sein de l'empire et d'encourager à Zagreb le projet "trialiste". Celui-ci vise alors à rééquilibrer le dualisme austro-hongrois par l'affranchissement de toute tutelle sur les Slaves du Sud (pays slovènes, Royaume de Croatie-Dalmatie, Bosnie-Herzégovine et Voïvodine).

1910 A la veille de la Première Guerre mondiale, l'Autriche-Hongrie compte 51 millions d'habitants. Les Allemands (23,4%) et les Hongrois (19,6), représentent moins de la moitié de la population, tandis que les peuples slaves (Tchèques, Slovaques, Polonais, Slovènes, Croates, Serbes) en forment près de 48 %; quant aux Croates, ils sont quelque 3 millions (5,7 %). Seul terre héréditaire slave de l'Empire austro-hongrois reconnue comme royaume, la Croatie jouit alors d'un statut particulier.

1913

Coalition croato-serbe. La coalition croato-serbe (HSK) remporte de nouveau les élections en obtenant 48 sièges sur 86.

1914

L’attentat de Sarajevo. Perpétré contre le prince héritier François-Ferdinand de Habsbourg par le jeune nationaliste serbe Gavrilo Princip, il déclenche la Première Guerre mondiale lorsque l'Autriche entre en guerre contre la Serbie. La Croatie se retrouve du côté autrichien.

1915

Comité yougoslave. Une vingtaine d’hommes politiques slovènes, croates et serbes en exil fondent le Comité yougoslave en vue de la création d’un État yougoslave commun, qui verrait le jour à l'issue de la guerre. En échange de son ralliement à l’Entente, l’Italie se voit promettre tout le littoral croate (Convention secrète de Londres). Quant aux reste des territoires sud-slaves, Belgrade les revendique au titre de son alliance avec les puissances de l'Entente.

1916

Fédération sud-slave. Lors de la session plénière du Comité yougoslave réunie à Paris, F. Supilo expose son projet du futur Etat yougoslave devant naître sur les décombres de l'Autriche-Hongrie : une fédération entre les anciens pays sud-slaves de la Monarchie (pays slovènes, Royaume de Croatie-Dalmatie, Bosnie-Herzégovine et Voïvodine) avec pour capitale Zagreb, et le Royaume de Serbie, avec pour capitale Belgrade. La Serbie dénonce le projet.

1917

Déclaration de Corfou. La Déclaration de mai réclame l'instauration d'un Etat sud-slave dans le cadre de la Monarchie austro-hongroise.

L'entrée en guerre des Etats-Unis de Wilson (défenseur du droit à l'autodétermination des peuples), et l'effondrement sous les coups de la révolution d'Octobre de la Russie tsariste, protectrice de Belgrade, pousse le Premier ministre serbe, Nikola Pasic, à négocier avec le Comité yougoslave : le 20 juillet, est adoptée la Déclaration de Corfou prévoyant la création d'un "Royaume des Serbes, Croates et Slovènes" établi comme "monarchie constitutionnelle, démocratique et parlementaire, sous le sceptre des Karadjordjevic".

Au seuil de la Grande Guerre. Parallèlement à cela, alors que la défaite de la Triplice est désormais inévitable, l'empereur autrichien se résigne à accepter le trialisme. Mais il est trop tard pour réformer l'empire et sauver l'Autriche-Hongrie qui perd la guerre et sera démembrée par les traités de Versailles.

 
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